Introduction de notre article sur la géographie de Bory de Saint-Vincent

Publié le par Ferrière Hervé

 

La présentation à différents publics choisis des savoirs géographiques de Bory de Saint-Vincent, naturaliste voyageur et géographe militaire. In Actes du colloque « Rationalités géographiques en circulation. Lieux, pratiques et formation des savoirs de l’espace en France (fin XVIIIe-milieu XIXe siècle) », Equipe E.H.GO (UMR Géographie-cités, CNRS) et le Groupe de géographie sociale et d’études urbaines (EHESS), dans le cadre de l’Action Concertée « Histoire des savoirs » du CNRS, Paris, ENS Editions, 2009.

 

 

Introduction :

Quel est intérêt de proposer une problématique individuelle1 lorsque nous étudions les lieux, les modalités et les objectifs de la rencontre entre production de savoirs géographiques et public ? Parce qu’à « hauteur d’homme », de nombreuses dimensions du travail géographique nous deviendront relativement plus accessibles. D’abord, nous pourrons cerner la formation, la stature, les compétences et les ambitions de celui qui participe à la présentation de ces savoirs géographiques – des savoirs qu’il nous faudra définir à l’aune de son travail et de ses représentations. Ensuite, parce qu’à travers le regard d’un individu, nous essaierons de tracer – le plus souvent en creux - un contour du public auquel ces savoirs sont destinés. Nous verrons alors qu’il existe non pas un mais plusieurs publics pour la géographie que développe Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent (1778-1846). Enfin, nous tenterons de montrer la construction de ces savoirs, une construction qui se réalise en partie par défaut, comme si la géographie de Bory s’édifiait dans les espaces délimités par les autres sciences, dans une sorte d’interface en expansion permanente2.

Nous reviendrons alors sur la représentativité de ce géographe militaire - surtout connu comme naturaliste - que nous avons choisi pour guide. Nous verrons qu’il incarne parfois jusqu’à la caricature une certaine catégorie de géographes : les non-spécialistes formés sur le terrain qui utilisent les données géographiques pour leur faire dire « autre chose », pour les intégrer à un discours théorique global. Nous hisser sur les épaules de ce Gascon va nous permettre de présenter une vision de savoirs géographiques semblant se dessiner dans la pratique avant de se définir dans la théorie. Pour finir, nous entreverrons une représentation de la géographie qu’il développe dans ses aspects scientifiques, sociaux et politiques. Ces derniers seront controversés - comme à propos de l’origine de notre espèce - et auront des traductions parfois dramatiques - comme dans l’Algérie en voie de colonisation.

1°) Bory de Saint-Vincent, un géographe « de terrain » ou comment se construire une « figure » face à son public.



2°) Des savoirs géographiques au service du discours d’un naturaliste ou «  que donner à lire » à son public ?

 

3°) Un « naturaliste et géographe » polémique ou comment construire une géographie en fonction du public.

 

 

CONCLUSION :

 

Bory produit face aux publics que nous avons tenté de cerner une géographie limitée par des a priori épistémologiques, des impératifs sociaux et pécuniaires et des motifs politiques. Ces savoirs géographiques sont aussi objectivés dans le temps en regard de publics choisis qui évoluent selon son statut personnel : de cartographe militaire, il devient voyageur, témoin du monde, géographe polémique et opposant sous la Restauration avant de revenir à une géographie académique et stratégique aux visées coloniales...  

Finalement, Bory est-il un cas particulier ou traduit-il par son éclectisme la difficulté de cerner une définition et un champ propres à la géographie en son temps ? 

 

1 Ce qui ne répond qu’en partie à une approche biographique classique (qui est forcément beaucoup plus large et brosse une étude plus longue puisqu’elle considère toute la durée d’une existence prise pour donnée objective). Ici, nous nous intéressons qu’aux motifs et stratégies d’un individu dans un contexte donné : la rencontre entre un savoir et un public dans un projet professionnel.

2 Une expansion accompagnant la définition de nouveaux objets de questionnements géographiques et non une confiscation des données ou connaissances des autres champs du savoir naturaliste, historique et social.

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